3/5  

Le déchiffrement : Jean-François Champollion

Les études

Jean-François ChampollionJean-François Champollion naît à Figeac le 23 décembre 1790. Il y passe sa petite enfance et, élève inconstant mais doué, y apprend le latin, le grec, la botanique et la géologie.

En 1801, il rejoint son frère Jacques-Joseph dit Champollion-Figeac à Grenoble. Ce dernier l'inscrit d'abord à l'école centrale de la circonscription pour y suivre les cours du botaniste Villars et du dessinateur Jay puis, à l'automne 1802, à l'institution très réputée de l'abbé Dussert où il étudie l'hébreu, l'arabe, le syriaque et l'araméen.

Il se penche sur les noms de la Bible afin d'analyser leurs rapports étymologiques. En 1804, il rédige "Remarques sur la fable des Géants" d'après les étymologies hébraïques :

On trouvera étrange peut-être que je cherche dans les langues orientales l'étymologie des noms propres, mais l'on ne doit pas oublier que c'est de l'Orient et des Égyptiens surtout que les Grecs ont tiré la plupart de leurs fables.
Je veux faire de cette antique nation une étude approfondie et continuelle […]
De tous les peuples que j'aime le mieux, je vous avouerai qu'aucun ne balance les Égyptiens dans mon cœur.

C'est également à Grenoble qu'il rencontre, en 1805, dom Raphaël de Monachis, un moine syrien revenu d'Égypte avec l'armée de Bonaparte. Ce dernier incite Champollion à étudier l'éthiopien et le copte.
En 1807, il quitte le lycée et présente son "Essai de description géographique de l'Égypte avant la conquête de Cambyse" devant l'Académie des sciences et des arts, ce qui lui vaut son élection à cette prestigieuse institution. Dans ce mémoire il note que les hiéroglyphes et le copte ne sont que les formes différentes d'une seule langue, idée déjà présente chez les orientalistes depuis près de deux siècles.

Champollion part ensuite se perfectionner à Paris à l'École spéciale des langues orientales vivantes et au Collège de France où il suit les cours d'arabe de Raphaël de Monachis ainsi que ceux de langues de l'Asie proche et centrale de Louis-Mathieu Langlès. Il étudie l'arabe et le persan auprès de Silvestre de Sacy tandis que Prosper Audran lui enseigne l'hébreu, le syriaque et l'araméen.

Le début des recherches

Dans un courrier adressé à son frère en 1809, Jean-François Champollion souligne son profond intérêt pour la langue copte :

Je travaille. Et je me livre entièrement au copte. Je veux savoir l'égyptien comme mon français parce que sur cette langue sera basé mon grand travail sur les papyrus égyptiens.

À la même époque il commence à recenser dans les ouvrages du passé tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à des fac-similés de papyrus ou de bandelettes de momies.
Il réalise deux grammaires du copte, l'une du saïdique, l'autre du bohaïrique, ainsi qu'un dictionnaire dans lequel les termes sont classés par racine.
En 1810, de retour auprès de son frère à Grenoble, il est nommé professeur d'histoire à l'Université. Au cours d'une conférence devant l'Académie delphinale sur L'Écriture des Égyptiens, il livre ses premières conclusions :

- Les trois types d'écriture, épistolographique (démotique), hiératique et hiéroglyphique dérivent l'une de l'autre.
- Les signes hiéroglyphiques sont des symboles ou des idéogrammes mais ils doivent aussi transcrire des sons, plus particulièrement dans le cas des noms de personnes. Cette hypothèse avait déjà été émise par l'anglais Warburton, par Jean-Jacques Barthélemy ainsi que par le danois Georg Zoëga.

Quatre ans plus tard paraissent les deux tomes de son "Égypte sous les Pharaons".

En 1814, il est parvenu à identifier quelques groupes, généralement des épithètes, dont «dieu parfait» qu'il traduit par référence à la version grecque :









Il note également comment les Égyptiens évoquent l'idée du pluriel :




La chute de Napoléon à Waterloo met les Champollion sur la sellette. Placés sous surveillance, ils sont expulsés de Grenoble en 1816 et n'y retournent qu'en 1817. Puis de nouveaux troubles les condamnent à la fuite vers Paris en 1821.
C'est dans la capitale française que Bon-Joseph Dacier prend Jean-François sous sa protection.

Première étape : une écriture alphabétique

Champollion s'attèle alors au déchiffrement des hiéroglyphes et dresse un tableau des correspondances entre les signes hiéroglyphiques et les signes hiératiques.

Cette même année de 1821 a lieu la communication de deux documents déterminants pour ses recherches.
L'un est issu de la collection de papyrus Casati. Rédigé en démotique et en grec, il date du règne de Ptolémée VII Evergète II. En comparant certaines de ses séquences avec d'autres, Champollion reconnaît le nom de Cléopâtre mentionné à trois reprises.
L'autre est un document bilingue en hiéroglyphes et grec. Il s'agit d'une copie de l'obélisque de Philae rapporté en 1819 par Giambattista Belzoni.

Champollion s'inspire des travaux de Young dont l'attention s'était portée sur un épithète figurant derrière le nom des souverains lagides, identifié à la séquence grecque de la pierre de Rosette par «vivant à jamais, aimé de Ptah» :

Toutefois, le découpage de Young s'avérait très aléatoire et certains signes lui semblaient inutiles :





Reprenant ce schéma, Champollion cherche à rendre compte du fait qu'à toutes les époques, les Égyptiens abandonnent souvent ce qu'il considère encore comme des voyelles mais qui sont en fait de consonnes faibles employées pour rendre les valeurs vocaliques du grec.
Il en déduit que seules les voyelles les plus sonores du mot grec sont transcrites en égyptien à l'aide de semi-voyelles.
PTOLEMAIOS devient ainsi PTOLMYS :





Sur l'obélisque de Philae il reconnaît d'après la traduction grecque le nom de Cléopâtre :





Ainsi, il trouve les valeurs alphabétiques des 11 signes : 7 rendent des consonnes, 4 des voyelles ou semi-voyelles. Il connaît également la marque du féminin : un pain correspondant à la consonne T et un œuf de canne qui ne se prononce pas.

Les mois suivants, Champollion applique son alphabet à tous les noms des Ptolémées et des Césars qu'il a pu relever sur les monuments publiés.

Tout en restant convaincu que l'écriture reste essentiellement figurative et que les signes phonétiques n'apparaissent qu'à l'époque gréco-romaine pour transcrire les noms étrangers, il arrive à deux conclusions :

- L'écriture égyptienne assemble les signes des consonnes sans s'inquiéter des voyelles que l'orthographe grecque exige.
- Certains signes totalement différents par l'aspect expriment cependant le même son.

Deuxième étape :
une écriture également figurative

Cependant, en comptant le nombre de signes sur la pierre de Rosette, soit 1419 signes hiéroglyphiques pour rendre 486 mots grecs, il déduit que les hiéroglyphes ne pouvaient transcrire uniquement des mots ou correspondre chacun à des idées.

L'année 1822 sera décisive pour ses recherches. L'architecte Jean-Nicolas Huyot, qui s'était rendu à Abou Simbel où il avait relevé un grand nombre d'inscriptions dans le temple de Ramsès II, en fait parvenir toute une collection à Champollion.

Un cartouche attire tout particulièrement son attention :





Il identifie facilement les deux derniers signes (S) présents dans le cartouche de Ptolémée.
Le premier signe, un cercle pointé, semble représenter le soleil. Or en copte, le soleil se dit «ra».
Reste le signe central qui est présent sur la pierre de Rosette dans un mot traduisant le mot grec «anniversaire». Champollion le rapproche du copte hou-micé qui signifie «jour de naissance». Il en déduit que ce signe correspond au mot copte micé qui se traduit par «naître, mettre au monde».
Il est alors en mesure de transcrire «Rê-mes-es-es», Ramsès, cité par Manéthon, Tacite et l'Exode. Il peut même le traduire : «le soleil (Rê) l'a mis au monde».

Dans les documents de Huyot, il découvre un autre cartouche, copié au temple d'Amada en Nubie, qui va lui permettre de vérifier directement sa théorie :





Il retrouve le «es» final et le «mes» du milieu. Le premier signe, un ibis, est l'animal sacré de Thot. Ce qui donne «Thot-mes-es» c'est-à-dire le nom du pharaon que les Grecs appellent Thoutmosis.

Contrairement à ce qu'il avait pensé auparavant et à l'idée qui avait fait échouer ces prédécesseurs, Champollion arrive à la conclusion que l'écriture des monuments antérieurs à l'époque gréco-romaine est à la fois symbolique et alphabétique. Elle emploie simultanément :

- des idéogrammes, signes figuratifs comme Rê ou Thot
- des signes alphabétiques, soit syllabiques comme «ms», soit phonétiques comme «s»
- et, chose qu'il découvrira plus tard, des déterminatifs, signes additionnels qui précisent le sens ou la prononciation du mot.

C'est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirai presque dans un même mot.

La consécration

Le 27 septembre 1822 Champollion est invité à faire l'exposé de sa découverte aux académiciens réunis en séance extraordinaire. Il la dédie au secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles lettres, l'helléniste Bon-Joseph Dacier.
Toutefois, la Lettre à M. Dacier ne mentionne pas encore la découverte relative aux noms de Ramsès et Thoutmosis que Champollion souhaite étayer par d'autres exemples.

En 1823, il publie son Panthéon égyptien. Un an plus tard paraît le Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens qui reprend toutes les connaissances que Champollion a acquises sur le système d'écriture égyptien.

Le 4 juin 1824 il part pour un long périple à travers l'Italie. Au musée égyptien de Turin, il examine les papyrus de la collection Drovetti ; à Milan, Bologne, Rome et Naples, il étudie et classe les collections rapportées de l'expédition de Bonaparte. A Rome, il se penche sur les obélisques et les papyrus de la bibliothèque du Vatican.
À Livourne, en juillet 1825, il découvre la collection d'antiquités du consul britannique Henry Salt et obtient de la France l'achat et le transfert de la précieuse collection.

En 1826, le roi le nomme conservateur de la section égyptienne du musée Charles X du Louvre et lui demande d'assurer un cours public et gratuit d'archéologie où l'on exposera les divers systèmes d'écriture dont se servaient les Égyptiens.

Le 31 juillet 1828, il embarque enfin pour l'Égypte pour un voyage de dix-huit mois d'où il reviendra chargé d'une masse de notes, traductions, de textes, récits historiques…

Rentré à Paris il investit les fonds alloués par la Maison du roi et les divers ministère dans les fouilles et l'acquisition de monuments égyptiens. Le 7 mai 1830, il est élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Le 12 mars 1831, il prend la chaire d'archéologie créée spécialement pour lui au Collège de France.

Les monuments d'Égypte et de Nubie, quatre volumes de dessins et de relevés, commencent à paraître avant sa mort. Mais sa Grammaire égyptienne et son Dictionnaire égyptien seront publiés à titre posthume : Champollion s'éteint le 4 mars 1832.

3/5

Le déchiffrement : page 1 - 2 - 3 - 4 - 5

Imprimer la page Moteur de recherche Site : mode d'emploi Pour m'écrire Retour à la page d'accueil Retour à la page précédente Aller à la page suivante