Expositions : Grand palais, Paris, 2006-2007

Trésors engloutis d'Égypte.


Les fouilles

Dès le début du XXe siècle, des fouilles terrestres dans la rade d’Aboukir permirent d’identifier certaines ruines de la cité de Canope.

En 1933 le prince Omar Toussoun localisa un gisement archéologique à 1,8 km du rivage, prouvant ainsi qu’une partie de la zone canopique avait bien été engloutie.

Le projet de recherche de l’Institut européen d’archéologie sous-marine (IEASM) délimita une zone de recherche de 11 km par 10 km dans la partie occidentale de la baie d’Aboukir, là où les textes anciens situaient Canope et Thônis-Héracléon.

La baie d'Aboukir

Pour Alexandrie, la zone de fouilles destinée à retrouver la partie immergée du Portus Magnus couvrait les 400 ha du port actuel.



Le port d’Alexandrie

Les prospections électroniques et les fouilles archéologiques réalisées par l’IEASM permirent de déterminer les contours du Portus Magnus tels qu’ils se présentaient à l’époque romaine.

Le Portus Magnus d'Alexandrie

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Le port est délimité en 5 grands secteurs :

- La côte antique

- Le cap Lochias :
Lieu de résidence des Ptolémées jouxté par la Grande Bibliothèque, le cap Lochias fermait le grand port à l’est. S’y déployaient les galères réservées à l’usage exclusif du roi.

- la pénisule du Poseidium :
Un puissant brise-lames situé au nord protégeait le port royal des galères. Les vestiges d’un temple romain furent mis au jour au point de jonction du rivage antique.
Les textes nous disent que Marc Antoine y avait fait construire le Timonium, petit palais-sanctuaire où il souhaitait se retirer après sa défaite d’Actium.

- L’île d’Antirhodos :
Au centre du port, l’île royale d’Antirhodos, entièrement dallée, faisait partie des quartiers royaux et aurait peut-être abrité le palais de Cléopâtre. Sa branche centrale longue de 300 mètres possédait une vaste esplanade qui faisait face au Caesarium édifié à la gloire de César par Cléopâtre VII. L’entrée du Caesarium, situé sur la côte, est déterminée par les points où se dressaient les «aiguilles de Cléopâtre».

Sur l’esplanade de l’île d’Antirhodos furent dégagés les restes de fondation d’un palais datant du IIIe siècle av. J.-C. La branche secondaire de l’île abritait un sanctuaire dédié à Isis. Un petit port était inclus entre les deux branches.
Les fouilles démontrèrent que l’île fut occupée avant la fondation d'Alexandrie et qu’elle l’était encore sous Septime Sévère et Caracalla.

- Les installations portuaires occidentales :
À l’ouest, la zone était consacrée au trafic marchand et aux chantiers navals. Alexandre y fit construire l’Heptastadium, une voie longue de sept stades qui reliait la terre ferme à l’île de Pharos, créant ainsi deux rades : le Portus Magnus à l’est et l’Eunostos à l’ouest, port qui communiquait avec le lac Maréotis puis, grâce à des canaux, avec le Nil.

Face à l’Heptastadium se trouvaient un port et des chantiers navals qui donnèrent le nom de Navalia à cette partie du Portus Magnus.

Le port possédait deux passes : une passe principale bordée à l’ouest par un grand rocher sur lequel devait s’élever le célèbre phare et une passe secondaire qui permettait de naviguer entre ce rocher et l’île de Pharos.



La région canopique

Les travaux entrepris dès 1996 dans la baie d’Aboukir ont pu déterminer les contours de la région submergée, la position des principaux gisements archéologiques ainsi que le tracé du lit de l’ancien bras canopique dont la disparition a eu comme conséquence l’assèchement ou la diminution notable des lacs qui s'étendaient dans cette région.

À l’est du port d’Aboukir, une zone comporte de nombreux vestiges. À l’ouest elle est reliée par plusieurs constructions secondaires à un édifice carré de 30 m de côté qui, selon le mobilier archéologique, devait être un vaste édifice chrétien, probablement le Martyrium de Saint Jean et de Saint Cyr.

Au nord de ces vestiges se trouve un grand sanctuaire égyptien qui devrait être le Serapeum de Canope.

Entre les deux se situe une zone de décharge où des statues ont été jetées, probablement pour être débitées et servir de matériau de réemploi.



Thônis-Héracléion

Localisation

Les textes

On connaissait l’existence de Thônis et de Héracléion sans pouvoir les situer avec précision.

Ainsi Scylax et Diodore de Sicile évoquent une ville appelée Thônis, située à l’entrée du bras le plus occidental du Nil.

Le «Décret de Canope» rédigé en grec, en hiéroglyphes et en démotique et retrouvé sur plusieurs stèles apporte également quelques indices. La version grecque évoque la tenue d’un synode de prêtres dans la ville d’Héracléion sous Ptolémée III. Le texte en hiéroglyphes précise l’existence d’un temple dédié à «Amon de Gereb».

Strabon situe Héracléion à l’ouest de Canope et indique que dans les environs se trouvait une ville appelée Thônis.

Les fouilles

À plus de 6 km de la côte fut découverte une vaste concentration de ruines.
La ville comprenait, au sud, le temenos d’un important temple de style pharaonique surplombant la ville. Au nord et à l’est, un vaste port était composé de plusieurs bassins. Plus de 700 ancres antiques et 16 épaves datant du VIe au XXIe siècle av. JC démontrent que la ville connut une intense activité portuaire.
Il restait encore à déterminer le nom de cette cité portuaire.

naos du temple d’Amon du Gereb La mise au jour, dans l’aire du grand temenos, d’un naos en granit rose dédié à «l’Amon du Gereb» déjà mentionné dans la Stèle du «Décret de Canope» permirent d’identifier cette ville engloutie comme étant Héracléion.

L’hypothèse fut renforcée par la découverte d’une plaque d’or stipulant que Ptolémée III y avait fondé ou restauré un temple dédié à Héraclès.


Une stèle en granit noir datant de Nectanébo Ier, doublet de la stèle de Naucratis instaurant une taxe en faveur du temple de Neith, patronne de Saïs, fut récupérée près du naos dans le même sanctuaire. Une partie du texte de cette stèle fut déterminante : «Pharaon ordonne que cela soit consigné sur la présente stèle érigée à la bouche de la mer des Grecs, dans la ville nommée la Thônis de Saïs».
Elle révèle que l’Héracléion des Grecs n’est autre que la Thônis (t-Hn.t) des Égyptiens.



Poste douanier et emporion

À l’Est de Canope et riveraine de la Méditerranée Thônis-Héracléion se trouvait dans une zone maintenant immergée à l’embouchure de la branche occidentale du Nil connue sous les noms de «bouche canopique» et de «bouche héracléopolite».

stèle de Thônis-Héracléion Passage obligé des navires commerciaux grecs, Thônis était un emporion, poste frontière, place portuaire et lieu d’échanges commerciaux qui a précédé à la fondation d’Alexandrie. Elle existait déjà au VIIe s. av. JC.

À la Basse Époque Thônis commandait l’accès à la branche canopique, commerçait avec les régions de l’Hellade et surveillait les navires étrangers en transit pour Naucratis (Nokratj en égyptien), ville dépendante du nome de Saïs, patrie de la XXVIe dynastie consacrée à la déesse Neith où les Grecs s’installèrent vers le milieu du VIIe siècle.

Thônis et Naucratis était des lieux de prélèvements douaniers. Les navires en provenance de Grèce avaient un droit de douane à l’embouchure de la branche canopique à Thônis. Ils pouvaient alors remonter le Nil jusqu’à Naucratis et Memphis où ils écoulaient leurs produits. Les marchands remplissaient alors leurs cales de produits locaux, notamment du natron. Ils repassaient par Thônis où ils payaient une taxe sur le natron.



Note :

Les cartes de cette page sont tirées du catalogue de l'exposition Trésors engloutis d'Égypte


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