Expositions : Espace Culturel ING, Bruxelles, 2006-2007

Sphinx. Les gardiens de l'Égypte.


Le Grand Sphinx de Gizeh

La date de sa création
L’image du Sphinx de Gizeh
Les travaux de restauration


  • La date de sa création

  • Le Sphinx de GuizehLes égyptologues et les historiens ont suffisamment d’indices pour dater la construction du Sphinx de la IVe dynastie. Par contre le doute demeure sur le souverain qui le fit construire. S’agit-il de Chéphren, comme la plupart le pense, ou s’agit-il plutôt de Chéops ?

    La majorité des égyptologues s’accordent à dire que le Sphinx date du règne de Chéphren.
    Ainsi, Christiane Zivie-Coche, auteur du très intéressant Sphinx, le Père de la terreur, pense, tout comme Mark Lehner, que cette statue monumentale fait partie intégrante du complexe funéraire de Chéphren.

    Eugène Warmenbol fait remarquer que devant le Sphinx se trouve un temple que l’on date généralement du règne de Chéphren parce qu’il flanque le temple bas du complexe funéraire de ce souverain.
    Cependant, il est plus probable que le temple bas de Chéphren soit en fait venu s’aligner sur un édifice plus ancien, datant du règne de Chéops.
    Le Sphinx de Gizeh figurerait vraisemblablement Chéops et non Chéphren et aurait protégé le domaine funéraire du roi, «l’Horizon de Chéops».

    Rainer Stadelmann souligne que les égyptologues, pour étayer leur position, se basent principalement sur le fait que le nom de Chéphren figure, partiellement, sur la "Stèle du Songe" : Khaef qui pourrait être restitué par Khaefrê, c’est-à-dire Chéphren.
    L’indice est faible car sur la même stèle, Thoutmosis IV fait des offrandes au Sphinx désigné comme Hor-em-akhet, «Horus dans l’Horizon», forme datant certes du Nouvel Empire mais qui emprunte le terme Akhet à l’Ancien Empire dans une expression servant à désigner le complexe funéraire de Chéops, l’Akhet Khufu, "l’Horizon de Khufu" (Chéops).

    Donc, selon Stadelmann, aucune donnée épigraphique ne permet de déterminer si le Sphinx appartient à Chéphren ou s’il remonte au règne de Chéops.

    Il nous fait part de quelques réflexions, principalement d’ordre architectural et stylistique, qui le poussent à penser que le Sphinx remonterait au règne de Chéops :

    - Si le Sphinx date de Chéphren, il est curieux de la part de Chéops d’avoir négligé une butte informe de cette taille sans en tirer profit alors qu’elle faisait partie intégrante de sa nécropole.

    - L’image originale du Sphinx symbolisant la force animale du lion domptée par l’esprit humain du roi est plus conforme au règne de Chéops, riche en innovations, Chéphren se «limitant» le plus souvent à copier l’œuvre de son père.

    - Une comparaison de la tête du sphinx avec les quelques rares représentations que nous avons de Chéops ainsi qu’avec les plus nombreuses statues de Chéphren laisse plutôt supposer qu’il s’agit de Chéops :

    - La forme carrée du visage, le large menton, l’arcade sourcilière bien saillante, les sourcils descendant sur les tempes et prolonger par les bandes de fard, des yeux larges et grands ouverts, les oreilles détachées… tous ces éléments sont plus proches de Chéops que de Chéphren.

    - Le némès entièrement plissé du Sphinx est un type attesté sous Djéser et sur le fragment de la statue de Chéops au faucon conservé au musée de Boston. Le némès qui coiffe Chéphren sur la célèbre statue où il est protégé par un faucon n’est, quant à lui, pas plissé.

    - Le sphinx est dépourvu du bandeau frontal, celui-ci n’apparaissant qu’à partir de Djedefrê. Par contre, il est présent sur toutes les statues de Chéphren.

    - À l’origine, le sphinx ne portait pas de barbe, l’ajout d’une barbe divine tressée remontant au Nouvel Empire. Or les représentations de Chéops le montrent toujours sans barbe alors que toutes les statues de Chéphren portent une barbe postiche.



  • L’image du Sphinx de Gizeh

  • Au fil des siècles, le grand Sphinx de Gizeh a joué des rôles différents dans l’imaginaire égyptien.

    Le Grand Sphinx comme image royale

    Le Sphinx subit des modifications – restaurations ou déprédations humaines et usure de temps - au fil des siècles et il n’est pas aisé de connaître son aspect initial.
    Le némès est d’origine, ce qui détermine, dès le départ, le son caractère royal. Par contre, la double couronne et la barbe divine remontent probablement au Nouvel Empire. Il est plus difficile encore de se prononcer sur l’aspect original de son corps, victime de l’érosion éolienne. Possédait-il des ailes de rapace telles qu’on peut les voir sur certaines stèles du Nouvel Empire ?

    Le Sphinx de GuizehÀ l’origine, le Sphinx n’est pas la représentation d’un dieu mais d’un homme (un roi) par sa face, qui, par son corps d'animal, participe aux qualités du divin.

    Il est peut-être déjà associé au culte du soleil même si cette valeur solaire ne sera indiscutable qu’au Nouvel Empire. Le temple situé devant le Sphinx servait certainement à la pratique du culte solaire. Cependant, l’absence d’inscriptions ne nous permet pas de dire si le Sphinx en tant que représentation du roi y recevait un culte. Le temple ne communique pas avec le Sphinx et seule sa proximité permet de le relier à lui. Déjà ensablé sous l’Ancien Empire, ce temple ne fut jamais dégagé durant l’Antiquité.

    S’il existe un lien avec le lieu de naissance du soleil - l’horizon - celui-ci remonterait à l’Ancien Empire et au dieu Aker, figuré sous la forme d’un double sphinx ou parfois d’un double lion, l’un représentant l’horizon occidental dont il garde l’entrée du monde souterrain, l’autre l’horizon oriental en tant que gardien de la caverne de Sokar.

    Délaissé par les rois après Mykérinos puis par les particuliers, le site de Gizeh fut abandonné durant la Première Période Intermédiaire et le Moyen Empire. Le Sphinx se retrouva rapidement enterré dans les sables.

    La renaissance du Nouvel Empire

    Ramsès II adorant le sphinx de Guizeh (Louvre)Le prestige de Memphis revient au début de la XVIIIe dynastie et, avec lui, celui du site de Gizeh.

    Les stèles d’Amenhotep II et de Thoutmosis IV évoquent les princes s’y rendant sur leur char lors de partie de chasse dans le désert.
    Plus tard, Ramsès II édifie deux stèles le long de ses pattes.

    Le site porte désormais le nom de Setepet, «la Place Choisie», et le Sphinx fit l’objet de restaurations.

    Mais les rois ne sont pas les seuls à se rendre en pèlerinage devant la statue de celui qui est devenu «Horus dans l’Horizon», Hor-em-akhet en égyptien ou Harmachis sous sa forme grécisée, forme d’Horus qui pouvait être confondue avec , ce dernier prenant souvent l’aspect d’un dieu à tête de faucon.

    Le Sphinx est maintenant un dieu, bien visible et plus accessible que les autres divinités enfermées dans le temple. Ainsi, on a retrouvé plus d’une centaine de stèles dédiées au Sphinx et provenant de simples particuliers.
    Devenu un dieu, il peut prendre sur ces stèles de multiples aspects. Représenté sur un piédestal, le dos parfois surmonté d’un flabellum, il est coiffé de couronnes variées comme le pschent, la couronne atef ou le disque solaire et peut parfois prendre l’aspect d’un faucon, Harmachis étant une forme d’Horus. Il lui arrive aussi d’avoir une ou deux statues entre ses pattes, lui donnant le rôle de protecteur du roi.
    La statue monumentale étant plus aisée à solliciter et plus à l’écoute, certaines stèles portent des oreilles prêtes à écouter les suppliques.

    On a également retrouvé de petits objets votifs qui devaient être vendus non loin du site, à l’effigie du sphinx, d’un faucon ou ayant la forme d’oreilles.

    À l’inverse de la démarche religieuse habituelle, les théologiens locaux sont partis de la statue et lui ont donné un nom : «Horus dans l’Horizon».

    L’origine de ce nom viendrait peut-être du complexe funéraire de Chéops qui s’appelait «l’Horizon de Chéops». L’abréviation en «Horizon» a pu prévaloir et désigner l’ensemble du site.
    À l’origine, le rôle du Sphinx était de représenter le roi. Il devient alors une forme spécifique d’Horus tourné vers l’Orient où renaît quotidiennement. Dieu solaire par excellence, il est nommé sur la stèle de Thoutmosis IV (la célèbre "Stèle du Songe", qui se trouve aujourd’hui encore entre ses pattes) Hor-em-akhet – KhépriAtoum, les trois âges du dieu solaire qui, curieusement, n’est pas sans rappeler l’énigme de la sphinge thébaine.

    Une autre identité divine vient s’y ajouter à partir d’Amenhotep Ier. Le Sphinx va incarner le dieu syro-palestinien Houroun, divinité étroitement associé à Harmachis qui sera représentée sous la forme d’un faucon voire d’un lion à tête de faucon.

    Ainsi durant tout le Nouvel Empire, le Sphinx sera honoré comme Harmachis, Houroun ou Houroun-Harmachis.

    Mutations du premier millénaire et goût de l’archaïsme

    Avec la dynastie saïte se développe un intérêt pour le passé qui va mener à des opérations de restauration dans tout le pays. On remarque également une montée en puissance des cultes d’Isis et d’Osiris.

    Les cultes du plateau de Gizeh prennent une nouvelle orientation. Isis devient la "Dame des Pyramides", déesse tutélaire du site. Un culte lui est voué dans la chapelle funéraire de la plus méridionale des trois pyramides à l’est de Chéops, agrandie en petit temple.

    L’intérêt pour Harmachis se maintient mais de façon plus limitée. De cette période, on a retrouvé de nombreux ex-voto en forme de sphinx, mais aussi à l’image d’un faucon momifié. Il ne s’agit plus du faucon dressé d’Horus et d’Harmachis mais de Sokar, divinité plus funéraire que solaire, entouré d’Isis et d’Osiris.



  • Les travaux de restauration

  • Dans l’Antiquité

    Le Sphinx fit l’objet de nombreuses restaurations et d’opérations de désensablement. On sait que le futur Toutmosis IV s’y employa vers 1400 av. J.-C. D’autres travaux eurent lieu au VIe siècle av. J.-C.

    Le site subit d’importants remaniements jusqu’à l’époque romaine dont un accès monumental à l’est, un pavement devant les pattes du sphinx et un autel «à cornes».

    Curieusement, les auteurs grecs des IVe et IIIe s. av. JC qui voyagèrent en Égypte ne parlent pas du Sphinx. Hérodote puis Strabon évoquent des pyramides mais pas le Sphinx. Ce silence est peut-être dû au fait que le monument devait être ensablé à leur époque.
    Par contre Pline l’Ancien le décrit avec beaucoup de détails, ce qui laisse penser que le Sphinx fut alors dégagé des sables, probablement sous le règne de Néron.

    Au Moyen-Âge

    Le Sphinx est appelé Abul’hôl, «le Père la Terreur». C’est de cette époque que remontent ses mutilations. Ainsi au XIIIe siècle, l’historien Makrizi accuse un soufi du nom de Saim es-Dahr du vandalisme.

    Aux Temps Modernes

    Durant l’expédition de Bonaparte, on s’efforce de le désensabler. Giovanni Battista Caviglia entreprend des fouilles devant la statue et, en 1818, dégage la Stèle de l’An I de Thoutmosis IV ou "Stèle du Songe" ainsi que des bas-reliefs représentant Ramsès II en adoration devant le Sphinx (conservés au Musée du Louvre) et des fragments de la barbe du sphinx (conservés au Caire et au British Museum).

    D’autres fouilles sont menées par Richard Lepsius, Auguste Mariette, Gaston Maspero et Emile Baraize qui désensabla complètement le corps du Sphinx.
    À partir de 1936, Selim Hassan poursuit le travail de Baraize.
    Depuis 1979, les restaurations sont organisées sous la direction de l’Organisation des Antiquités de l’Égypte (EAO), les fouilles et les relevés les plus récents étant dirigés par Zahi Hawass.



    Pour en savoir plus :

    Les articles du catalogue de l'exposition :
    - Sphinx, les gardiens de l’Égypte – Eugène Warmenbol, pp 13-25.
    - Le grand Sphinx de Giza – Rainer Stadelmann, pp 37-45.
    - Le Sphinx de Giza et le culte d’Harmachis – Christiane Zivie-Coche, pp 55-69.

    Christiane Zivie-Coche, Sphinx, le Père la Terreur. Noésis, 1997, 146 p., ISBN : 978-2911606120.

    - Voir aussi sur ce site : Le plateau de Gizeh et son diaporama.




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