Sphinx. Les gardiens de l'Égypte.
Le sphinx gardien des palais et des temples
Les diverses formes du sphinx
Les allées processionnelles
Le sphinx dans les allées processionnelles
Les diverses formes du sphinx
Le sphinx traditionnel
Le sphinx traditionnel est un lion androcéphale dont la tête peut être royale, divine ou féminine s’il s’agit d’une reine. Sous sa forme classique, il est coiffé du némès, comme à Louxor. D’autres portent la double couronne comme à Ouadi es-Seboua.
Au fil du temps on rencontre d’autres variantes où les lions prennent la tête d’autres animaux : le faucon de Rê-Horakhty, le bélier d’Amon-Rê, l’animal séthien…
Autre type très fréquent est celui du sphinx divin à tête animale qui protége contre son poitrail la figure anthropomorphe du souverain.
Le sphinx léonin ou "à crinière"
Sous Djedefrê (IVe dynastie) apparaît une nouvelle variante, celle d’un lion à face humaine sans barbe mais doté d’oreilles léonines et entouré d’une véritable crinière de lion.
Ces sphinx léonins ou «à crinière» où il ne reste qu’un masque royal n’ont jamais été retrouvés sur place. Évoquant «Horus qui repousse le mal», ils étaient peut-être placés perpendiculairement aux édifices, comme les lions de l’entrée du temple d’Isis à Philae.
«Horus qui repousse le mal»
Le sphinx matérialise un aspect d’Horus, ne fut-ce que comme image du roi, l’Horus vivant sur le trône d’Égypte. C’est aussi un «Horus qui repousse le mal», souvent sous un aspect léonin :
- Il prend l’aspect d’un lion, aux côtés du roi, dans les scènes de bataille.
- Dans d’autres scènes, le roi devient lui-même un lion massacrant ses ennemis.
Image d’Horus combattant, le sphinx dressé terrorise et piétine les ennemis de l’Égypte, traditionnellement des Asiatiques et Nubiens symbolisant l’Étranger.
Sous cette forme, on peut le trouver avec une tête de faucon comme sur le pectoral au nom de Sésostris III provenant de la tombe de Méréret à Dashour.
- C’est également dressé sur un pavoi qu’on le trouve à l’avant des barques divines ou royales. Il est «Horus ouvrant le chemin en repoussant le mal».
- À partir de la XXVIe dynastie, le sphinx dressé sur un pavoi prend la forme de Toutou (Tithoes), fils de Neith. Il a la forme d’un lion ou d’un sphinx coiffé du némès surmonté de plumes et d’un disque solaire et porte une égide sur la poitrine. Dans les reliefs, fait rare en Égypte, il tourne la tête vers le visiteur. Il agit en tant que protecteur contre les démons amenant la maladie.
- À l’époque romaine, il est associé à Némésis, la Vengeance, représentée sous la forme d’un griffon d’apparence classique.
Le sphinx à bras humains
Le sphinx à bras humains tenant des vases de vin ou un plateau d’offrandes figure le roi apportant des offrandes aux divinités. Ce type de représentation est attesté dès la fin de l’Ancien Empire.
Le sphinx présente une offrande de vin dans des vases nou ou dans un vase dont le couvercle à la tête d’un bélier (vase nemset) sensé contenir l’eau du Nil.
Il est à mettre en parallèle avec les statues du roi agenouillé présentant les mêmes offrandes.
Ce type d’image existait même à l’époque amarnienne dans des scènes où Akhénaton, en sphinx, offre un vase à Aton.
Des sphinx présentant une offrande se retrouve également dans les reliefs. Mais dans ce cas, c’est le roi qui dirige vers les dieux une statuette de sphinx tenant une offrande.
Les allées processionnelles
L’Ancien Empire
Sous l’Ancien Empire, le sphinx marquait l’entrée des complexes funéraires royaux : il pouvait figurer en relief sur les parois de la chaussée, en ronde-bosse, double ou multiplié, à l’entrée du temple bas.
Ainsi, les traces de socles parallèles aux deux entrées du temple bas de Chéphren laissent supposer que deux sphinx (ou deux lions) accueillaient le visiteur.
Cet usage est peut-être à l’origine des avenues processionnelles précédant les temples ou les reliant entre eux.
Le Moyen Empire
Les sphinx du Moyen Empire furent déplacés et principalement retrouvés à Tanis ou dans d’autres sites du Delta. Peut-être bordaient-ils les allées des temples de Memphis, Héliopolis ou ailleurs ?
Le Nouvel Empire
Les véritables vestiges d’allées processionnelles bordées de sphinx remontent au Nouvel Empire, ces temples étant mieux conservés. Parallèles à la façade du temple, ils forment une allée de gardiens ou dromos. À l’extérieur du temple, il est à la fois l’hypostase du dieu, le gardien protecteur et le double sphinx gardien de l’horizon, les môles du temple évoquant d’ailleurs l’horizon.
Les allées processionnelles les plus étudiées sont celles de la région thébaine. Bordées d’arbres et de sphinx, interrompues par des stations de barques, elles reliaient les temples entre eux ou menaient au Nil afin de rejoindre la nécropole de la rive ouest.
Elles servaient avant tout à la procession des barques divines lors des sorties des dieux. Ces processions avaient lieu durant deux grandes fêtes annuelles : la Belle Fête d’Oped durant laquelle Amon et ses parèdres Mout et Khonsou quittaient Karnak pour rejoindre l’Opet-resy, le château du sud, à Louxor et la Belle Fête de la Vallée lorsque les barques divines partaient de Karnak pour traverser le Nil et visiter les temples funéraires de la nécropole thébaine.
Les différents aspects du sphinx dans les allées processionnelles
On peut déceler trois aspects différents chez les sphinx de ces allées : ils peuvent représenter le roi, une divinité ou le roi divinisé.
- Le sphinx comme monument royal :
Le sphinx androcéphale coiffé du némès et portant éventuellement une barbe royale représente le roi sous la forme d’un lion.
Le lion est lié au pouvoir divin que le roi représente sur terre. La part du dieu et celle du roi s’entremêlent et se manifestent par l’intermédiaire d’éléments visibles empruntés aux deux entités : le corps du lion pour la force divine, la tête humaine pour la puissance du roi.
À titre d’exemple, la voie qui va de Karnak à Louxor est bordée de sphinx androcéphales coiffés du némès. Ils portent le nom de Nectanébo et représentent le souverain.
- Le sphinx comme représentation divine :
Les sphinx extérieurs servent d’hypostases aux divinités et permettent de les représenter hors du temple. Ils inspirent la crainte, la déférence et garantissent leur protection.
Il s’agit des sphinx androcéphales à barbe divine qui apparaissent dès la XVIIIe dynastie ainsi que les sphinx criocéphales ou hiéracocéphales dont certains protègent contre leur poitrine une statue du souverain.
La voie qui va du temple d’Amon-Rê de Karnak vers le Nil est bordée de criosphinx représentant l’apparition d’Amon à l’extérieur du temple. Ils ont contre leur poitrail une statue momiforme royale inscrite au nom de Ramsès II.
- Le sphinx incarnant l’aspect divin du roi
L’allée menant du dixième pylône de l’enceinte d’Amon-Rê vers l’enceinte de Mout avait été aménagée sous Amenhotep IV. Elle était bordée, d’un côté, de sphinx représentant le roi divinisé et, de l’autre, de sa Grande Épouse Royale Nefertiti. Ces sphinx furent décapités par la suite, leur tête fut remplacée par celle du bélier d’Amon et une statue royale fut placée devant leur poitrail.
Notons au passage que le sphinx deviendra également le gardien des tombes à la fin de l’époque pharaonique, à l’exemple du sphinx de la tombe du général Ouahibrê (XXXe dynastie).
Pour en savoir plus :
Les articles du catalogue de l'exposition :
- Sphinx, les gardiens de l’Égypte – Eugène Warmenbol, pp 13-25.
- Les sphinx dans les allées processionnelles – Hourig Sourouzian, pp 99-111.
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