Expositions : Espace Culturel ING, Bruxelles, 2006-2007

Sphinx. Les gardiens de l'Égypte.


Sphinges d'Égypte et de Grèce


  • Les sphinges en Égypte

  • Même si elles sont rares, on trouve des sphinges en Égypte dès le Moyen Empire comme la statue monumentale au nom d’Ita, fille d’Amenemhat II provenant du temple de Nin-Egal à Qatna (Mishrifé) en Syrie.

    Cependant, les plus spectaculaires remontent au Nouvel Empire. À titre d'exemple, mentionnons le groupe figurant Horemheb et son épouse Moutnedjmet sous la forme de sphinx et de sphinge ailés en adoration devant leur cartouche respectif.

    Par contre, les sphinx d’Hatchepsout, même s’ils ne sont pas dénués d’ambiguïtés, sont masculins.



  • Les sphinges en Grèce

  • L’origine orientale des sphinx grecs

    Aux VIIIe et VIIe siècles av. J.-C. l’Égypte était connue des Grecs par l’intermédiaire des marchands phéniciens qui influencèrent considérablement l’art de l’époque. Ainsi, les représentations de sphinx sur les vases antiques s’inspirèrent des coupes chyprio-phéniciennes.

    Détail de la coupe d'Idalion du LouvreLa coupe en or et argent d’Idalion (Chypre) conservée au musée du Louvre en est une belle illustration.
    Elle reprend en son centre le thème traditionnel égyptien du massacre des ennemis. Cette scène est entourée de sphinx ailés et de griffons à tête de faucon piétinant un ennemi.

    Les Grecs ont repris ce motif mais la symbolique du souverain victorieux a disparu. Les griffons et les sphinx ne sont plus que des créatures monstrueuses s’attaquant aux hommes.

    Dès le début du VIIe siècle, les relations entre l’Égypte et la Grèce sont plus directes. Située à l’embouchure occidentale du Nil, la ville de Naucratis a été fondée par des commerçants de Milet. Des mercenaires grecs incorporent l’armée égyptienne. Et sous l’influence égyptienne, l’architecture et la statuaire monumentale grecque se développent.

    Le sphinx de l’art grec trouve donc sa source en Orient. À l’origine, il s’agit de sphinx masculins considérés comme des démons de la mort, des animaux fabuleux héraldiques ou des gardiens de sépultures.
    À la fin du Ve siècle, le type masculin est définitivement abandonné au profit de la sphinge.


    Le roi Œdipe et la sphinge

    Kylix attique à figures rouges, Musée du VaticanLaïos, roi de Thèbes, apprend par un oracle qu’il sera tué par son propre fils. Il abandonne donc l’enfant peu après sa naissance mais celui-ci est recueilli par un berger qui le mène à Corinthe où il est adopté par le roi Polybe.

    Une fois adulte, Oedipe rencontre Laïos par hasard et le tue au cours d’une dispute sans savoir de qui il s’agit.
    Il se rend ensuite à Thèbes où il apprend que Créon, frère de Laïos, a promis la main de la veuve du roi, Jocaste, et le trône de Thèbes à celui qui parviendrait à vaincre la sphinge tueuse d’hommes qui menace la ville.

    Œdipe affronte la sphinge qui lui soumet une énigme : quel est l'animal qui marche à quatre pattes le matin, à deux pattes à midi et à trois pattes le soir ?
    Le jeune homme résout l’énigme : il s’agit de l’homme qui avance à quatre pattes dans son enfance, sur ses deux pieds au zénith de sa vie et s’aidant d’une canne dans sa vieillesse.
    De dépit, la sphinge se jette du haut d’un rocher. Œdipe épouse Jocaste et devient roi de Thèbes.

    Plusieurs années plus tard, Œdipe découvre qui il est réellement. Il renonce au trône, se crève les yeux et est chassé de Thèbes par ses propres fils.


    Le Sphinx de Gizeh et la sphinge thébaine

    On ne peut déterminer si, dès l’origine, la légende d’Œdipe et celle de la sphinge étaient liées.
    On trouve des références à Œdipe chez Homère mais sans rapport avec la sphinge. Hésiode évoque, sans les associer, Œdipe ainsi qu'un monstre du nom de Phix qui terrorise les habitants de Thèbes.
    Il est possible qu'avec le temps, les deux histoires se déroulant à un même endroit finirent par fusionner.

    On ignore également si l’énigme a toujours été associée à la sphinge. On peut toutefois remarquer que si l’histoire d’un héros sauvant une ville d’un monstre qui la terrorise n’est pas unique, le fait de le vaincre non par la force mais grâce à son intelligence est un élément novateur.

    C’est dans le drame satyrique Sphinx d’Eschyle (526-456 av. J.-C.) dont on ne possède que des fragments qu’est évoquée pour la première fois l’épreuve à laquelle Œdipe est confronté et donc que la légende apparaît dans sa globalité.
    Or on sait, grâce à Hérodote, que le poète connaissait l’Égypte, sa religion et sa philosophie et qu’il s’en est inspiré dans son œuvre.

    Petra Baum-vom Felde pense que le Sphinx de Gizeh influença la légende grecque notamment grâce à la «Stèle du songe» où le sphinx apparaît en songe à Thoutmosis et lui promet le trône d’Égypte s’il est désensablé :

    «Je suis ton père Harmachis-Khépri-Rê-Atoum, je t’offre ton royaume sur terre à la tête de tous les êtres vivants».

    Le sphinx égyptien est un faiseur de roi tout comme la sphinge grecque dont la mort mena Œdipe sur le trône de Thèbes.

    De plus, les trois phases du soleil, Khépri (le soleil à son lever), Rê (le soleil au zénith) et Atoum (le soleil couchant), peuvent être mises en rapport avec l’énigme de la sphinge et les trois étapes de la vie de l’homme.

    Par contre, selon Eugène Warmenbol, la sphinge grecque issue de la relation incestueuse entre son frère Orthos et sa mère Echidna n’a aucune parenté avec les sphinges égyptiennes :

    «La sphinge de Thèbes est en quelque sorte la «Mère de tous les Sphinx» et sa progéniture est, bien entendu multiple, les confusions entre sphinx d’Égypte et sphinx de Grèce étant multiples, tantôt voulues, tantôt non, peuplant de créatures diverses rêves et cauchemars».



    Pour en savoir plus :

    Les articles du catalogue de l'exposition :
    - Sphinx, les gardiens de l’Égypte – Eugène Warmenbol, pp 13-25.
    - Oedipe, la sphinge et l'énigme – Petra Baum-vom Felde, pp 161-171.




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