L'article qui suit a été rédigé par Déborah Moine. Doctorante à l'Université Libre de Bruxelles, elle effectue, sous la direction du professeur Eugène Warmenbol, une thèse sur les empereurs Julio-claudiens en Égypte.
Le sujet de son mémoire de licence traitait des représentations isiaques de Cléopâtre VII.
Passionnée par son sujet, Déborah Moine aimerait communiquer l'avancée de ses recherches au public qui est, en règle générale, peu habitué à rencontrer cette thématique.
Si, comme elle, vous vous intéressez à l'Égypte romaine, n'hésitez pas à la contacter directement par courriel à son adresse :
Deborah.Moine@ulb.ac.be
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Les reliefs des temples égyptiens d'époque romaine
En 31 av. J.-C., à la suite de la défaite de Cléopâtre VII et de Marc Antoine à la bataille d'Actium, l'Égypte perd son statut d'indépendance pour devenir une province du jeune Empire romain.
Devenue "le grenier à blé" de Rome, le pays n'en demeure pas moins attaché à ses traditions artistiques.
Ainsi, comme leurs prédécesseurs Lagides, les empereurs romains se font représenter sur les murs des temples égyptiens comme les pharaons indigènes.
J'aimerais vous présenter les grands courants de cette forme d'art à la fois traditionnelle et innovante.
Généralités
Même si certains stèles ou reliefs sont grossièrement taillés (le temple d'el Qalà) et font preuve d'une exécution hâtive, l'art égyptien d'époque romaine bénéficie d'une esthétique qui lui est propre.
En architecture, elle se trahit par l'apparition de formes monumentales et écrasantes (les colonnes sistres du temple d'Hathor de Dendérah) ou de l'arc en plein cintre (de très beaux exemplaires sont visibles au temple de Karanis).
Quant aux figures des reliefs, elles peuvent être soit de grande envergure (temple d'Opet à Karnak) ou râblées et trapues (Kom Ombo).
Elles sont majoritairement gravées dans le creux sur les parois externes des temples et taillées en haut relief sur les murs internes de ces mêmes édifices.
Les stèles sont, quant à elles, simplement gravées dans le creux, ce qui témoigne souvent d'une volonté de rapidité d'exécution.
Les quelques exemplaires aux figures en relief sont souvent des réemplois de stèles ptolémaïques, comme en témoignent les traces d'abrasion souvent visibles sur les cartouches royaux.
Les cartouches royaux
Ces derniers sont souvent l'objet de débats.
En effet, de nombreux reliefs d'époque romaine présentent soit des cartouches portant le nom impérial, soit le titre "Per-aha" qui fut rendu en français par "Pharaon", soit sont laissés complètement vierges.
Certains scientifiques interprètent ce vide des cartouches royaux tardifs en expliquant que le nom royal y était rendu par plaquage de métaux précieux ou par une graphie peinte, que le temps ou les pillards ont fait disparaître.
Or, aucune trace d'outil (type "pied-de-biche») laissant subodorer une telle activité n'a été répertoriée sur ces cartouches vierges.
Quant à la peinture, des endroits présentant des traces de polychromie antique (les cryptes de Dendérah) n'ont livré aucun vestige de peinture d'un nom royal dans les cartouches.
Une autre hypothèse expliquant cette particularité est que les artisans exécutaient les images par simple respect de la tradition et ne connaissant pas le nom de l'empereur en fonction, préféraient ne pas le mentionner ou le remplacer par la dénomination de son statut qu'il occupait en Égypte, donc "Per-aha".
Cette théorie peut se vérifier pour les époques de querelles intestines au sein de la famille royale Lagide (règnes de Ptolémée X ou fin du règne de Ptolémée XII Aulète - début du règne de Ptolémée XIII et Cléopâtre VII ) où les rois en fonction répudient leurs épouses, se font exiler ou assassiner dans des fourchettes chronologiques assez restreintes.
Cependant, pour l'époque romaine, l'efficacité du système bureaucratique et administratif impérial permettait un suivi assez précis de la succession impériale et ce, même dans des contrées assez éloignées des agglomérations principales.
Ainsi, au Wadi Hammamat, les inscriptions grecques comprenant une date mentionnent l'avènement de Tibère moins d'un an après son accession au trône à Rome.
Selon moi, les cartouches vides ne répondraient donc pas à une méconnaissance de l'actualité mais plutôt à des normes théologiques encore inconnues.
Pour la mention du nom "Per-aha" ("Pharaon"), j'ai observé que les cartouches le contenant sont très souvent visibles sur les faces externes des murs des temples et en particulier, lorsque l'édifice est situé dans une région représentant un enjeu politique, comme la Nubie, souvent en révolte à l'époque augustéenne (épisode de la reine Candace).
Le temple de Debot.
Commençons par quelques généralités sur cet édifice.
Debot (ou Debod) est un complexe comprenant un sanctuaire, une hypostyle, une porte monumentale et un mammisi.
Originellement élevé à la frontière entre la Nubie et l'Égypte, son érection débute sous Adijalamani, souverain de Méroé.
Lorsque le Dodécaschène tombe aux mains de l'Égypte, les Ptolémées poursuivent sa construction. Ainsi, Ptolémée XII Aulète, père de Cléopâtre VII, y éleva un petit naos.
Après la conquête romaine, l'édifice est terminé sous les Julio-claudiens Auguste et Tibère.
En 1968, le temple est offert à l'Espagne en remerciement pou sa contribution à la préservation des édifices menacés par le barrage d'Assouan.
Démonté et transporté à Madrid, l'édifice, constitué de 1300 blocs, est érigé au Parque de la Montana, dans une zone comprenant le Campo de Moro et le Parque del Oeste, près d'une artère appelée la Calle de Ferraz. Il est entouré d'une végétation luxuriante et précédé d'un plan d'eau. Son ouverture au public a lieu en 1972.
Le relief que je vais décrire représente l'empereur Auguste consacrant des animaux à la déesse Isis et au dieu Osiris, divinités principales du temple.
L'image, taillée dans le creux, est située sur le mur ouest de l'hypostyle, à droite lorsque l'on est face à l'entrée vers le sanctuaire principal.
Les personnages intervenant sont de grandes dimensions, occupant presque les 2/3 du mur.
L'empereur Auguste est représenté dans un âge idéal, ce n'est pas un portrait réaliste de ce souverain qui mourut vieillard. Comme souvent sur les reliefs d'époque romaine, la pliure de son coude et la couture du bord inférieur du pagne shendyt (le vêtement royal par excellence dès les temps pharaoniques) sont très aigues.
Le roi est coiffé de la tiare hemhem, constituée de plumes d'autruche surmontées de disques solaires. Cette couronne est très souvent portée par les empereurs romains, surtout lorsqu'ils jouent, comme ici, un rôle de dieu-fils apportant les offrandes à ses paires.
La façon de représenter le trait de fard de la paupière et l'articulation du genou se retrouve dans d'autres temples (Dendour) appartenant à la même zone géographique, la Nubie. Cette particularité me laisse penser qu'il y avait soit des cahiers de modèles, soit des ateliers itinérants d'artistes au sein de régions bien déterminées.
Il faut également remarquer que l'empereur est seul devant les dieux.
Contrairement aux reines lagides de la dynastie précédente, l'impératrice n'apparaît ni aux côtés de son époux, ni sur une image fonctionnant comme le "répondant" de celle-ci.
Pourtant ces dames ont joué un rôle politique important (Livie, Messaline, Agrippine la Jeune...).
Il faut attendre l'époque de Septime Sévère pour voir de façon récurrente des images que l'on peut attribuer avec certitude à une impératrice : il s'agit des représentations de l'épouse de ce souverain, Julia Domana, à Esna.
Cette particularité ouvre de nombreuses interrogations : quelle était la part de décision de l'empereur dans l'érection de ces images ? Étaient-elles le seul fait du clergé local ? Qui élaborait leur composition ?
Telles sont les questions auxquelles j'espère apporter une part de réponse dans mes recherches ultérieures.
Bibliographie :
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-S. AUFRERE et al., L'Egypte restituée. Sites et temples de Haute Egypte, I, Errance, Paris, 1991.
-S. AUFRERE et al., L'Egypte restituée. Sites et temples des déserts, II, Errance, Paris, 1994.
-S. AUFRERE et al., L'Egypte restituée. Sites, temples et pyramides de Moyenne et Basse Egypte, III, Errance, Paris, 1997.
-R.S. BIANCHI éd., Cleopatra's Egypt. Age of Ptolemies, The Brooklyn Museum, New York, 1988.
-A. K. BOWMAN, Egypt after the Pharaohs. From Alexander to the Arab Conquest, British Museum Press, Londres, 1996.
-M.-C. BRUWIER, Explorer l'Egypte et la Nubie au début du XIXième siècle, Mariemont, 1999.
-J. G. MILNE, A history of Egypt under Roman rule, Methurn & co, Londres 1924².
-S. QUIRKE, The temple in Ancient Egypt. New discoveries and recent research, British Museum, 1997.
-B. E. SHAFER éd., Temples of Ancient Egypt, Londres/New York, 1996.
-S. WALKER et P. HIGGS, Cleopatra of Egypt. From history to myth, British Museum, 2001.
-H. WILLEMS et J. COPPENS, Les empereurs du Nil, 2000.
Web-o-graphie :
- Rome in Egypt
- Templo de Debod (dossier du site agiptologia.com)
- Templo de Debod
- Templo de Debod (pour les photographies).
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