| Gnome disgracieux et barbu, au visage léonin et à la langue souvent pendante, aux jambes torses, aux oreilles et à la longue queue de lion, Bès est sans doute, avec le génie Aha qu'il éclipsera progressivement, l'unique personnage grotesque du monde divin égyptien.
Fait exceptionnel, il est toujours représenté de face, coiffé de hautes plumes,
souvent dénudé ou, à partir du Nouvel
Empire, revêtu d'une peau de fauve semblable à celle des prêtres Sem,
trophée qui lui valut, à l'époque romaine, d'être assimilé à Hercule vêtu de
la peau de lion de Némée.
L'iconographie le représente tenant en main un instrument de musique, généralement
un tambour ou un tambourin,
ou un grand hiéroglyphe - sa - signifiant "la protection". À partir du
Nouvel Empire il porte parfois
des ailes et à l'époque Gréco-Romaine,
apparaît armé d'un couteau, d'une épée ou d'un bouclier, objets lui conférant
des fonctions guerrières qui renforcent ses vertus protectrices.
Sous sa forme de Bès panthée, être hybride tenant de plusieurs divinités comme
Isis, Horus,
Bastet… il devient un protecteur
universel dont l'aspect composite reflète la multitude des fonctions divines.
Bès apparaît en Égypte dès la plus Haute Antiquité et a été vénéré jusqu'à la fin de l'époque pharaonique voire même après que le Christianisme se soit installé dans le pays.
Très prisé dans la religion populaire, il est présent sur quantité d'amulettes et trouve une place de choix parmi les figurines présentes dans l'autel réservé au culte domestique des maisons.
Pour autant que l'on sache, il ne disposait pas de son propre lieu de culte quoiqu'une découverte récente a mis à jour un temple qui semble lui être dédié dans l'oasis de Bahariya.
Il était toutefois présent en tant que dieu secondaire dans les temples d'autres divinités. Ainsi, dans le temple funéraire de Séthy Ier à Abydos, un espace sacré a été aménagé en son honneur. Il y rendait des oracles et, semble-t-il, était encore consulté au IVe siècle de notre ère.
De petits sanctuaires où l'on faisait surtout appel à ses dons de guérisseur, lui furent consacrés. Ainsi, à Saqqarah, des chambres spécialisées ornées des figures de Bès et d'une déesse dévêtue accueillaient les pèlerins désirant y passer la nuit afin de recevoir la visite du dieu en songe. Vraisemblablement ces rêves guérisseurs étaient liés à la santé sexuelle des patients.
Au cours de l'époque ptolémaïque,
les images de Bès se multiplient sur les reliefs et les éléments architecturaux
de bon nombre de sanctuaires de la Vallée du Nil.
Entité bienfaisante, Bès protège les humains du mal, des reptiles, des scorpions et autres bêtes dangereuses.
Aux côtés de Bastet, Hathor,
Bésèt, son double féminin, ou Taouret
(la Thoueris des Grecs), il veille sur le foyer.
Associé à la sexualité, il assure le bon déroulement de la grossesse et protège les femmes en couches ainsi que les nouveaux-nés. Représenté dans chaque endroit où les femmes et les enfants ont besoin de lui, il apparaît également sur les murs des mammisis (maisons de naissance des temples) où il veille sur l'accouchement divin.
Bès met également ses qualités au service des dieux jeunes dont le nom est
généralement associé à celui d'Horus,
tels Shed ou Harpocrate. Ainsi,
à la Basse Époque, on trouve
des stèles aux vertus guérisseuses où l'enfant, représenté nu et de face, piétine
des crocodiles et serre dans ses mains des reptiles ou des fauves. Sa tête est
surmontée d'une image de Bès.
Durant le sommeil, Bès éloigne les esprits maléfiques, interdit aux mauvais génies d'apparaître en songe, et met en déroute les démons causeurs de troubles sexuels, ce qui explique sa présence à la tête ou aux pieds des lits et sur les repose-têtes.
Il préside également à l'art de la parure et à la toilette, ornant les miroirs et objets destinés à cet usage.
"Bès était désigné sous les traits d'un pygmée - deneg en égyptien - et non d'un nain que l'on distinguait par le terme nemou. Les pygmées étaient recherchés comme danseurs sacrés et Bès était aussi le dieu de la danse et des manifestations joyeuses."
Maurizio Damiano-Appia, Dictionnaire encyclopédique de l'ancienne Égypte et des civilisations nubiennes. Paris, Gründ, 1999, p.72.
Ses attributs comportaient d'ailleurs des instruments
de musique dont les sons, accompagnés de ses danses grotesques et de
ses grimaces affreuses avaient pour but de faire fuir les influences néfastes
tout en aidant les humains à être d'humeur plus joyeuse et plus détendue.
Bès est également le patron des danseuses qui faisaient tatouer son effigie sur leurs cuisses.
Le fait qu'il soit apparenté à la musique, la danse, la joie, l'ivresse et
au plaisir sexuel ainsi que sa compétence en matière d'objets de toilette ou
de beauté le rangent dans l'entourage d'Hathor
aux côtés de laquelle il apparaît dans les chapelles hathoriques. Bès est d'ailleurs
présent dans le mythe de la Déesse
Lointaine. Dans certaines versions, il fait partie du cortège qui accompagnait
le retour de la déesse des contrées nubiennes.
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